Une saison au 50

(Eté 2014)


 

Comment trouver encore l’envie de continuer ? Créer des événements pour les “Pieuvres“, écrire des concepts et rédiger des recommandations pour séduire leurs commanditaires, dessiner des projets de mise en scène ou des dispositifs scénographiques, réaliser des vidéos pour illustrer des gestes… Tout cela pour le compte des “Bernard“. Les “Bernard“ ! Le mal nécessaire ? A de rares exceptions, un monde où les “collaborateurs“ sont toujours plus cyniques, les “responsables“ de projets toujours plus arrogants et suffisants malgré leur inculture, et des égos de petits chefs toujours plus boursouflés… Et puis une réelle zone de non-droits dans laquelle les uns comme les autres s’approprient le travail des créateurs, comme si la notion de propriété intellectuelle ne s’appliquait pas à ce monde là…

Et encore les donneurs d’ordre des Pieuvres qui se piquent d’innovation avant de renoncer, face à la froideur stérile de leurs directions des achats… A moins qu’ils ne censurent parce que finalement, trop bien installés dans leurs pantoufles ! “Pieuvres“ et “Bernard“ qui, dans leur grande majorité, oublient combien on se passionne et s’investit pour réussir à mieux servir les projets (avec la honte parfois… de plus en plus). Comment avoir envie de continuer quand sens, éthique et au bout, reconnaissance, demeurent absents et qu’on ne vous renvoie que condescendance et mépris (de classe) ? Ne sont-ils pas tous, finalement, le reflet du délitement d’une société où le travail des uns n’est vu que comme un produit de consommation comme un autre, et pire encore, où les individus sont considérés comme jetables !

Depuis le printemps, il a fait de nombreux passages au Maghreb pour tourner des vidéos et filmer des vrais gens, ceux qui travaillent leur bout de terre pour vivre et nourrir. Il écrit des textes pour un pavillon de l’Exposition Universelle à Milan. Il conçoit et scénographie une exposition interactive sur le thème de la sécurité des personnes dans l’industrie. Avec tout cela, malgré tout cela, il sait que les choses doivent changer. Il lui faut retrouver du sens. D’abord, se ressourcer auprès des gens qui comptent, qu’ils soient parents ou amis. Un tour en Bretagne et à Belle-Ile, un road trip à moto en Belgique, puis un détour dans les Pyrénées avant d’aller contempler de vieilles bécanes faire des ronds à Nogaro et enfin… précéder la livraison d’un dernier événement par un week-end amoureux au Touquet.

Aimer ce que l’on vit dans l’instant et se sentir aimé, simplement, loin de toute la superficialité et des rapports de force de ce “monde du travail“, de cette société comme elle est devenue… Et reprendre l’appareil photo ! Repartir depuis les bases. La technique sans esbroufe, sans chercher à faire de démonstration de maîtrise technique, sans chercher des angles incroyables, jamais vus. Ne pas courir après le “spectaculaire“. Reprendre le bon vieux Leica M, retrouver le film noir et blanc et l’optique qui ne déforme pas. Celle qui est dite “standard“, parce que la plus proche de la vision humaine, à nu. Regarder les choses à hauteur du cœur. Bouger, se placer, pour trouver son point de vue… et s’émerveiller des choses simples… S’alléger… loin de la ville, loin de la foule… pour avancer. Bientôt, il partira, il le sait, il le sent… Question de survie… Et sa vie sera tellement autre, quoiqu’il arrive !

OB