Streets of Cape Town #1

Un aperçu de la ville, au delà des clichés de la propagande touristique…

A Cape Town (Le Cap, Afrique du Sud), un axe urbain est particulièrement remarquable, à plusieurs titres : historique, social, architectural.

Cet axe relie le centre historique de la ville – Grand Parade – et les quartiers périphériques du nord, jusqu’au port de commerce, et plus loin encore, la West Coast et ses premières stations balnéaires. Cet axe se dédouble rapidement. Le long de la côte, il traverse Woodstock pour rejoindre Salt River par Albert Road. Sur les flancs de la montagne, au pied de Devil’s Peak, c’est Victoria Road qui coupe Woodstock et rejoint Observatory, avant de se prolonger plus au nord. Après avoir été, durant les années 1870, la destination de villégiature favorite des habitants du Cap, Woodstock devient, au début du XX ème, une banlieue industrielle, à forte mixité sociale et ethnique. Cette transformation s’est renforcée par la création du port de containers de Salt River qui a fini de détruire ce qui restait de la plage. L’accès direct à l’océan devenu interdit par l’activité portuaire et son réseau de chemin de fer dense, les bourgeois ont laissé la place à un tissu d’entreprises de toutes tailles et à une population plus ouvrière, commerçante… active et métissée. Jusqu’à ce que, dans les années 1980, la concurrence des produits en provenance de pays à main d’œuvre à bas coûts ne provoque la fermeture de ces établissements ! Les habitants, désormais partiellement désœuvrés, sont restés. Avec le chômage, la misère a augmentée et avec elle la criminalité.

Les traces de ce passé prospère restent nombreuses : anciens magasins, anciennes brasseries ou usines diverses… La plupart servant de logements gérés de manière plus ou moins « informelle ». De nos jours, la ville connait une pression immobilière toujours plus forte. La population ne cesse de s’accroitre – entre autres, du fait de l’arrivée régulière de retraités venant d’Europe du Nord avec un fort pouvoir d’achat. Coincée entre la montagne et l’océan, de plus en plus saturée au sud avec les quartiers riches devenus inabordables, toute une population de jeunes actifs, artistes, créateurs, entrepreneurs, start-upers… essaye de se réapproprier ces quartiers : Woodstock, Salt-River, Observatory. Le phénomène de gentrification va en s’accélérant. Des promoteurs acquièrent à bon prix d’anciens bâtiments industriels pour en faire des bureaux, des galeries ou des logements. Parfois ce sont des rues entières qui sont mises à niveau avant d’être proposées à cette nouvelle clientèle. Les populations qui y vivent depuis plusieurs décennies, Xhosa, Coloured, Indiens… et qui n’ont plus les moyens de rester, en sont chassés inexorablement. Les tensions entre populations locales, pouvoirs publics et acteurs privés sont de plus en plus fréquentes.


 


(A lire sur le sujet (pdf) : « Ségrégation, déségrégation, reségrégation dans les villes sud-africaines : le cas de Cape Town » par Myriam Houssay-Holzschuh, Maître de Conférences en géographie à l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines (Lyon), auteur de nombreux articles et ouvrages sur l’Afrique du Sud).

http://www.ens-lyon.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHIER=1233588781213&ID_FICHE=34069&INLINE=FALSE


Nikon F5, 24 – 120 Nikkor et film Kodak TriX (Juin-juillet 2016).