Jo'burg, une ville africaine

Une ville africaine… en Afrique du Sud (Janvier 2015).


 

Ce qui me frappe à Johannesburg (Jo’burg ou Jozy pour ses habitants), c’est qu’on n’y marche pas.

Il y le centre, le CBD (Central Business District) et, tout autour, les quartiers résidentiels majoritairement blancs, sécurisés à des degrés divers. Dans ces quartiers, il n’y a pas de trottoirs. Ou, ce qu’il est reste est organisé pour empêcher qu’on y passe et plus encore, qu’on s’y arrête. De toutes les façons, il y a des gardes privés installés à tous les coins de rue : petite guérite, chaise en plastique… il convient de les saluer quand on y passe.

Partout les murs sont rehaussés de barrières électrifiées et de caméras de surveillance. Les habitants de ces quartiers vivent dans des prisons dorées qu’ils ne quittent, dans leur voiture garée dans leur parking privé, que pour se rendre d’un parking sécurisé à l’autre, pour leur travail ou pour faire leur shopping dans des malls sécurisés. En marchant dans ces rues, sur la chaussée donc, je ne peux m’empêcher de penser à l’évolution du monde. A Johannesburg on n’est plus trop dans une scission Homme blanc vs les autres couleurs, mais plutôt Homme économiquement aisé vs les pauvres. Encore que, dans la première catégorie, ce sont principalement des blancs (à l’exception des « Black Diamonds »).

L’Afrique du Sud a ceci de particulier que l’on y compte plus de vigiles privés que de policiers d’état. Est-ce une préfiguration de ce qui va se passer dans toutes les villes du monde ? Est-ce que la violence est à ce point présente qu’il faut à se barricader et faire surveiller son environnement en permanence ? Ici, l’immense majorité des crimes a lieu dans les townships, là où sont repoussés les plus pauvres, les laissés pour compte de la prospérité tirée des richesses du pays. Le contraste est saisissant et, que ce pays ne ce soit pas déchiré au lendemain de la chute de l’apartheid, tient du phénomène… Bref, on comprendra que la sécurité privée est un bon business, fort lucratif, dès lors qu’on entretient un sentiment d’insécurité permanent. En soi, la ville est-elle tellement plus dangereuse que certaines villes d’Europe ?

Revenons au CBD. Il y a quelques années, tout le centre était une “no-go zone“. Ancien centre du business sud-africain, il a été déserté par les entreprises au moment où l’ANC arrive au pouvoir. Les tours et autres gratte-ciel, grands hôtels ou bureaux… sont vidés, puis murés. No man’s land, ce quartier est devenu le lieu de tous les trafics d’une misère sans espoir. Il n’était plus question de s’y arrêter, y compris en plein jour. A partir de la fin des années 2000, des investisseurs privés entreprennent de faire revivre ces rues et de les rendre à une population jeune, active et disposant de moyens, enthousiaste et créative, gourmande de vivre “ici et maintenant“ tout en essayant de redorer l’image de la ville. Ainsi, Maboneng Precinct et son “Arts on Main“ le dimanche, Braamfontein et le Neighbourgoods Market, le 44 Stanley Avenue… sont autant de lieux qui, même à l’état embryonnaire au regard de l’échelle de la ville, reflètent l’énergie, l’optimisme, la convivialité, d’une population qui, toutes couleurs mélangées, a une foi inébranlable dans son avenir commun et semble avoir envie d’exister et d’entreprendre “ensemble“.

Là, dans ces quelques rues on se promène en se sentant vraiment dans une ville africaine, dans une ville qui tente de se réinventer et qui donne à partager un grand bol d’espoir pour le futur. On n’y est pas dans ce mouvement de gentrification comme il est au Cap. Le Cap, Cape Town, à l’extrême sud du pays est un anachronisme (passé ou futur ?). Cette ville est une curiosité “blanche“, “européenne“, voire très “britannique“, quand Johannesburg respire les couleurs, la mystique et l’énergie de l’Afrique.

OB