(Cycle #2) Dimashq (Damas) 1980

Dimachq, Damas, mai 1980

Comment aurai-je pu soupçonner que jamais plus j’y retournerai ?

Cette série part d’une plaisanterie.
Une plaisanterie un peu potache et facile certes, mais que j’avais trouvé bien amusante à l’époque. Fraîchement débarqué dans une sous-préfecture de Bretagne pour y passer mon Bac, j’avais réussi à faire croire que lorsque je vivais à Damas en Syrie, je me rendais à l’école à dos de mulet. C’était à la fin des années 70 et j’étais resté perplexe face à la vision de cette région du monde qu’avaient mes camarades de classe. Mes cousins français quant à eux étaient convaincus que nous n’avions ni électricité ni eau courante…

Les années passaient et c’est une fois à l’université que j’ai pensé que ce serait une bonne idée d’avoir des images à montrer. Mes images.
Mai 1980, j’ai 20 ans. Je suis de retour chez mes parents à Damas. C’est avec bonheur que je retrouve la ville de mon adolescence. J’ai pris mon reflex et quelques rouleaux d’Ektachrome. Je parcours la ville à la recherche des paysages urbains les plus “intéressants“. Très vite ce sont les habitants qui captent mon attention.

En exhumant ces quelques images, très imparfaites, aux couleurs passées, c’est avec une infinie tendresse que je pense à ces lieux et à ces inconnus croisés au fil du hasard.
Lors de ce séjour, avec mes parents nous avons pris la route et remonté au nord, à Alep chez ma grand-mère, puis à l’ouest, à la frontière du Sandjak d’Alexandrette, dans le village de ma famille paternelle…
J’étais loin alors de me douter que je ne verrai plus cette terre, ces parents…

Déserteur pour l’administration militaire, j’ai longtemps guetté le moment où je pourrai y retourner sans danger.
Année après année…
N’y a t’il pas de solution ?

Et mon père s’en est allé.
Moi, enfin trop vieux pour l’armée !
Et la guerre est arrivée…

***

Dimashq, Damascus, May 1980

How could I have ever suspected that I would ever go back there again?

This set starts as a joke.
A joke that was a bit of a hilarious and easy joke, but one that I found quite amusing at the time. I had just arrived in a sub-prefecture of Brittany to get my Baccalaureate and had managed to make people believe that when I lived in Damascus in Syria, I went to school by mule. It was at the end of the 1970s and I was still perplexed by my classmates’ vision of this part of the world. My French cousins, on the other hand, were convinced that we had no electricity or running water…

The years went by and it was when I was in university that I thought it would be a good idea to have images to show, my images.
May 1980, I’m 20 years old. I am back at my parents’ house in Damascus. It is with great joy that I return to the city of my adolescence. I took my reflex and some rolls of Ektachrome. I walk around the city looking for the most « interesting » urban landscapes. Very quickly it’s the inhabitants who catch my attention.

While exhuming these few images, very imperfect, with faded colours, it is with an infinite tenderness that I think of these places and these strangers crossed by chance.
During this stay, my parents drove me north, to Aleppo to my grandmother’s house, then west to the border of the Sandjak of Alexandrette, in the village of my father’s family…
I had no idea then that I would never see this land again, these parents…

Having deserted for the military administration, I’ve been waiting a long time for a safe return.
Year after year… Is there no solution?

And my father passed away.
Now, at last, I’m too old for the army!
And destruction came…