Bokaap...

Exemple de gentrification au Cap… Comme un retour à la ségrégation

Bo Kaap est l’un des endroits les plus photographiés du Cap (Kaapstad, Cape Town). Il suffit de faire une recherche sur internet pour s’apercevoir du nombre d’images déjà présentes sur la toile. Les maisons colorées serrées les unes contre les autres, les ruelles pavées qui grimpent les pentes de Signal Hill, motivent de toute évidence, visites et prises de vues.

A l’origine, le quartier était une “réserve“ dans laquelle le régime ségrégationniste de l’apartheid parquait une partie de la population non-blanche. “Cape Muslims Only“. Ainsi était désigné ce quartier où vivent les descendants des esclaves musulmans déportés par la VOC. A l’époque, les maisons étaient uniformément blanches. Comme une forme de résistance, pour renforcer leur différence et imposer leur visibilité, les habitants ont commencé à les peindre de couleurs vives. Depuis, alors que les voisins s’entendent pour accorder les teintes, les peintures sont rafraichies tous les ans, en préparation de l’Aïd.

Aujourd’hui la cohésion de la communauté est menacée. Avec la pression immobilière toujours plus forte que connait Le Cap, ce joli quartier attise les convoitises. Les européens au fort pouvoir d’achat, aidés aussi par l’augmentation sensible des taxes foncières, s’emparent petit à petit des plus grandes maisons. Les familles les plus fragiles, présentes depuis plusieurs générations, sont amenées à s’installer plus loin, au delà des limites de la ville. C’est avec cette pensée que j’ai eu envie de photographier le quartier. D’abord en couleur, parce que c’est trop tentant. Mais pas en plein soleil. Pas avec des couleurs criantes. C’est par un jour gris qu’il m’a semblé que la fragilité de la situation de ce quartier, et de ses habitants, pouvait être le mieux exprimée… en attendant le noir et le blanc.


 


Leica MP et 35mm sur du film Kodak Portra 400 NC. Avril 2011.