Au bout du voyage est Hopefield

Un road trip autour du Cap

Prendre la route. Quitter la péninsule de bonne espérance. Ce territoire qui entoure le Cap reste une curiosité. Une sorte de bizarrerie à l’extrémité du continent noir. 1994, Mandela. Un peu plus de 20 ans. Déjà ? A peine ! Question d’Histoire. Rouler. Faire filer les images. Quitter l’Atlantique et rejoindre l’Indien. Des paysages à perte de vue, comme rarement. Plaines cultivées et étendues sauvages. Le bush. Rouler des heures et se sentir gagné par ce sentiment fort, profond, troublant, ce vertige… d’être sur la terre d’Afrique.

Et on se retrouve traversant des villes ou villages tout droit sortis de clichés d’une vieille Europe. Ou alors, elles sont comme les villes du midwest américain (qu’il ne connait pas pourtant, ou par le cinéma seulement). Et il pense aux films et aux photographies de Wim Wenders. La route est l’artère principale de laquelle rayonnent des ruelles en cul-de-sac… ou possibles aventures. Plus loin, à l’écart de ces blanches coquettes où le temps semble figé, les cubes alignés dans des carrés arides ont fini par remplacer les « shacks ». Mais on ne se mélange pas. Toujours plus loin. Comme si l’histoire… Longer l’Indien pour revoir une dernière fois les éléphants au nord de Port Elisabeth, ville industrielle puissamment laide. A l’ouest, rejoindre des montagnes aux « pass » vertigineuses. Plonger vers des territoires nostalgiques qui n’ont de cesse de se trouver de bonnes raisons de posséder sans partage. Schizophrénie. Reprendre la route comme pour fuir ce malaise. Apartheid. « Développement séparé ». Avantage territorial du passé ou… népotisme d’aujourd’hui. Retour vers le futur… Le passé des uns est possiblement l’avenir des autres… de tous. Ainsi va le monde.

Rouler encore. Rectilignes semblant faire fuir l’horizon. Parfois une apparition sur le bord croise des souvenirs d’enfance, comme des obsessions que seul, par delà les distances et le temps, le fil d’une mémoire peut relier. Un dernier détour avant de rentrer, pour ne pas perdre le nord. Au revoir à un ami, sorte d’ermite généreux et flamboyant entouré de ses chiens. C’est Robinson. Son Vendredi se nomme Precious, le bien nommé, et il a choisi son île… Par ce qu’on a envie de croire encore que tout n’est pas perdu. Sa maison comme un jardin d’éden, entre le township et le village blanc de Hopefield…


 


Rolleiflex T et film Kodak TriX (développé chez Orms au Cap). Juillet 2016.