Revoir An Oriant (Lorient)

Retour dans cette ville où je suis né. Cela fait longtemps que je n’y ai plus mis les pieds…

Je l’ai quitté une première fois à l’âge de trois ans pour une nouvelle contrée. J’y suis revenu à dix-sept, d’un autre pays encore, et reparti à nouveau, pour Paris, y vivre ma vie d’adulte… Et j’y suis à nouveau, presque quarante ans plus tard, au hasard d’une panne de moto. Parce que le concessionnaire Béhème y est le plus proche de ma résidence du moment.
Et là, la ville me donne l’impression de ne pas avoir beaucoup changé.
Je fais un détour jusqu’à la rue où vivait ma grand-mère maternelle. Sa maison est toujours là, elle me parait juste plus petite que dans mon souvenir. La rue reste à mes yeux une des plus belles de la ville, avec ses maisons colorées au décor “art nouveau“. Au centre ville, les rues axiales sont réservées aux bus. A part cela, il n’y a pas grand chose de changé. Les mêmes magasins occupent la place principale. Les logos ont parfois changé, mais l’activité reste la même. Autour, dans les rues adjacentes, des boutiques ont fermé. Et leurs vitrines sont restées vides. Le cinéma Art-et-Essai a disparu. Ce centre était morne et ennuyeux. Il l’est toujours. Il semble que la vie s’est déplacée vers la base sous-marine.

Je traverse ces endroits où j’aimais me perdre. Le port de plaisance, l’embarcadère pour Groix, le port de pêche et le port de commerce où dominent toujours ces silos malodorants. Je cherche l’emplacement du magasin de bateaux et d’accastillage de mon oncle Marcel et ma tante Denise… Je ne le trouve pas. A Keroman, il n’y a plus beaucoup de vie. Ce quartier, derrière le port, n’avait pas très bonne réputation à l’époque. Comme tous ces endroits fréquentés par les gens dits “de passage“. Bars mal famés, marins en escale, prolétaires du port, trafics en tous genres. Le bourgeois ne s’y aventurait pas, trop “chaud“.

Aujourd’hui, je ne reconnais plus grand chose. Certains lieux sont devenus bien “proprets“, pour accueillir le touriste, quand d’autres sont laissés à l’abandon. Certaines rues sont désertées. Les entreprises qui y étaient ont disparues. Bâtiments murés de parpaings. Un no man’s land désormais. Ca et là quelques traces de graphes sur les murs. Je commence à photographier. Bientôt l’heure de déjeuner. C’est par ici que j’ai envie de me poser. Il y a un café, une sorte de brasserie, presqu’improbable en ces lieux. C’est comme une dernière poche de résistance à la démolition. Sa façade est fraichement repeinte et, en la contournant, je découvre des fresques de street art spectaculaires. Un jeune homme m’interpelle. Il me demande si je suis du coin. Le suis-je ? J’hésite. Non ! Je ne le suis pas. D’où suis-je d’ailleurs, quand le lieu qui m’a vu naitre m’est si étranger ? En fait, c’est moi l’étranger, partout où j’ai été. Me parlez pas de racines. Foutaises ! Mais je digresse… Le jeune homme me parle d’un graphe superbe. C’est le plus beau du coin dit-il. Il est dans l’ancienne fourrière abandonnée. Il m’indique l’endroit. Rejoindre un cul de sac, là derrière, entre les deux bâtiments abandonnés et franchir le portail de métal, tordu au sol. Eblouissement.

OB

Note : Ces “murals“ ont été réalisés lors d’un festival des arts alternatifs “Unies sont nos cultures“ qui a lieu tous les ans, depuis 2009. C’est un moment de libre expression qui associe scènes musicales (Blues, techno, punk et hip-hop…) et street artistes (collectifs Moker crew, IBS, Diaspora, C29, TSF, IMF, GH…). Organisé par l’association Mala Semilla, pour la dernière fois dans ces friches industrielles. La zone a été intégrée à un PPRT (plan de prévention des risques technologiques). Ces fresques devraient disparaître très bientôt.